Villersexel, le baroud d'honneur...
"Le 5 Janvier 1871, une grande bataille s'est engagée du coté de Villersexel, entre les troupes françaises sous les ordres du général Bourbaki, et l'armée allemande commandée par le général de Werder. La lutte a été terrible pendant presque toute la journée, lorsque vers sept heures du soir le général Bourbaki, croyant Villersexel abandonnée, et voulant l'occuper, s'aperçut que les Prussiens s'y étaient retranchés et y avaient établi une énorme barricade. Bourbaki ordonna l'attaque: trois fois les français échouérent et retournérent a la charge sans succès, ce qui les força a incendier les maisons contre lesquelles cette barricade était appuyée: ce fût alors une mélée effrayante: des deux cotés on se battait avec une égale valeur; enfin les prussiens se voyant entourés de flammes et pressée par les bayonnettes françaises, cédérent le terrain. La barricade fût enlevée, les français restèrent maîtres de Villersexel et firent 1,500 prisonniers. -Ce succès, acheté au prix du sang d'un grand nombre de braves, ne profita pas aux français: le manque de vivres et de munitions forca Bourbaki, malgré la bravoure et l'intrépidité de son armée, a battre en retraite et a abandonner ses conquêtes."
Estampe de la fin du XIXe siècle.
La guerre de 1870 est sans aucun doute l'une des pages les plus méconnues de l'histoire de notre pays; la faute, sans doute, au fait qu'il d'agit aussi de l'une des plus sombres, par l'ampleur de la défaite française, et par le fait qu'elle inaugure 75 ans de conflits avec l'Allemagne. Pour autant, il ne faut pas oublier les quelques victoires françaises qui jalonnent cette étonnante guerre. Villersexel est de celles-là. Bien qu'elle n'ait pas été exploitée, cette victoire démontre le talent du général Bourbaki, qui parvint a sauver ce qui pouvait l'être aprés une année 1870 désastreuse. Voici l'histoire de cette étonnante bataille...
Lorsque commence l'année 1871, l'armée française est dans une situation désastreuse. Aprés la capitulation de l'empereur Napoléon III a Sedan, puis du maréchal Bazaine a Metz, la guerre semble perdue pour la France. Le siège de Paris vient encore ajouter a cette catastrophique situation. Le ravitaillement devient difficile, l'hiver et le climat rigoureux rendent les combats extrêmement durs.
L'armée de l'Est, commandée par Charles Denis Bourbaki, doit rejoindre Belfort, assiégée et courageusement défendue par le colonel Denfert-Rochereau, et prendre les forces prussiennes a revers.
Charles Denis Bourbaki
C'est le 9 Janvier qu'a enfin lieu la rencontre entre les deux forces. Les Prussiens, commandés par le général August von Werder, sont forts de 15 000 hommes.
Les Français parviennent a tenir le pont sur l'Ognon, empéchant les Prussiens de passer au-delà du fleuve. Cependant, les forces de Werder prennent les Français en tenaille en empruntant une passerelle en aval du fleuve, en en attaquant les arrières de l'armée ennemie. Les Prussiens prennent possession du village; et fortifient le château. Cependant, Bourbaki tente de maintenir la pression sur l'armée ennemie en poursuivant les combats depuis les villages voisins, Esprels, Autray-le-Vray ou Villers-la-Ville.
August von Werder
La contre-attaque française a lieu au milieu de l'aprés-midi et aboutit a une mélée des plus sauvages. Au prix d'un combat difficile, le château est repris par les Français vers 17h. Mais la résistance allemande est forte, et les troupes de Bourbaki progressent lentement. Les combats durent pendant la nuit. Vers 3h du matin, le 10 Janvier, les troupes prussiennes sont évacuées.
Werder se replie sur la Lizaine, a 20 kilométres au Nord. Bourbaki ne reprend son mouvement que le 13, laissant un village en grande partie détruit. Bourbaki, battu a Montbéliard et a Héricourt, échouera dans sa tentative de libérer Belfort. Il sera remplacé aprés une tentative de suicide...
La victoire de Villersexel, si elle démontre d'un réel talent tactique, n'a pu être exploitée par l'armée française afin de faire pencher la balance en leur faveur. Epuisée par le conflit, la France ne tardera pas a capituler face ala supériorité tactique allemande...